Catholic Peacebuilding Network

Enhancing the study and practice of Catholic peacebuilding

Rwanda: Strategic Plan for Human Development (Text in French)


Here are excerpts of the Strategic Plan for Human Development in Rwanda, April 2007. This paper provides reflections on achievements and challenges in the fight for justice and peace, as well as a look at the vision, mission and strategic work in this area.

PLAN STRATEGIQUE POUR LE DEVELOPPEMENT HUMAIN AU RWANDA
Période: 2008 à 2017
Kigali, Avril 2007
1.2.3.6. Dans le secteur de la lutte pour la justice et la paix
a) Les acquis

La Commission Justice et Paix a réussi à implanter ses structures à tous les niveaux de la hiérarchie de l’Eglise, depuis le niveau national jusqu’au niveau des CEB. Des actions de renforcement des capacités des membres de ces structures ont été organisées. A leur tour, ces structures font la sensibilisation et la mobilisation de la population en faveur de la culture de la justice et la paix. Divers mécanismes de mobilisation populaire sont utilisés comme les groupes opérationnels (troupes folkloriques, clubs…) initiés dans certains diocèses, des conférences-débats, etc. Des journées de convivialité des membres de la commission sont organisées dans certaines paroisses, avec pour but de manifester l’existence de la commission et de célébrer la journée mondiale de la paix qui a lieu le 1er janvier. Des programmes d’éducation à la paix pour la jeunesse scolarisée et non scolarisée sont exécutés dans certains diocèses comme Nyundo et Cyangugu.
L’Eglise appuie le processus national d’unité et réconciliation, à travers la sensibilisation de la population et des prisonniers pour dire la vérité dans les juridictions Gacaca, le onitoring de ces juridictions, l’initiation des associations d’unité et réconciliation dans certains diocèses, etc. Les Evêques ont publié plusieurs lettres pastorales interpellant les fidèles à la paix, l’unité, la vérité et la réconciliation. Avec le Jubilé et le Synode extraordinaire sur le problème ethnique organisé dans tous les diocèses à l’occasion de 2000 ans de la naissance du Christ et du centenaire de l’Eglise Catholique au Rwanda, le discours pastoral a privilégié une pastorale d’unité et réconciliation. Par ailleurs, les membres de la commission justice et paix participent activement dans la resolution pacifique des conflits sociaux au sein des communautés ecclésiales de base.
La Commission Justice et Paix dans certains diocèses mène des actions d’assistance juridique, d’assistance psychosociale et de trauma-counseling. La commission participe aussi dans quelques travaux de recherche, d’analyse et de publication qui visent la justice, la paix, l’unité et la réconciliation.

b) Les défis
La violation des droits de la personne constitue encore un défi national. En 2004, la CNDP a enregistré 1424 plaintes contre 792 plaintes en 2005 relatives aux violations des droits de la personne dans le domaine des droits civils et politiques, des droits économiques, sociaux, culturels ainsi que celui des droits au développement.

Dans ce contexte, l’Eglise Catholique doit faire face à la problématique suivante durant les dix prochaines années.

☯ La faible performance des structures de la commission justice et paix
Plusieurs facteurs sont à la base de cette faible performance. En effet, au niveau de la commission, il manque des équipes pluridisciplinaires capables d’aborder les questions multiples de la problématique de la justice et paix, d’où une faible capacité en matière de réflexion. Dans les diocèses, il y a encore une faible intégration de la commission dans la pastorale d’ensemble. Certaines commissions diocésaines sont caractérisées par une faible opérationnalité des organes, notamment par manque de rigueur dans le fonctionnement. L’opérationnalité de la commission est aussi handicapée par le manque de documents officiels pour standardiser son fonctionnement et sa gestion.
Le système de bénévolat connaît des limites, avec une démotivation de certains bénévoles alors que la commission connaît une insuffisance en personnel technique aussi bien au niveau épiscopal qu’au niveau diocésain. Les ressources financières de commission sont également insuffisantes eu égard à l’ampleur de la problématique de justice et paix au Rwanda.

☯ L’insuffisance de synergie et de partenariat avec d’autres acteurs
La Commission Justice et Paix travaille d’une manière isolée, sans synergie avec d’autres commissions et structures de l’Eglise et cela à tous les niveaux. Bien que des efforts aient été déployés par la CEJP pour avoir des relations avec d’autres intervenants, les activités de partenariat restent insuffisantes, notamment l’insuffisance d’alliances stratégiques avec d’autres acteurs. Dans ce contexte également, la mobilisation des fonds est limitée presque exclusivement aux structures de l’Eglise universelle, avec un manque d’ouverture à d’autres partenaires financiers (manque de diversification des sources de financement).

☯ Le faible niveau d’engagement de la population dans les pratiques de respect de la justice et la paix
Cela est dû notamment au manque d’orientations stratégiques à moyen et long terme pour la mobilisation de la population, à la faible capitalisation des acquis et la faible valorisation des expériences positives existantes au sein de l’Eglise et ailleurs. Par ailleurs, le renforcement des capacités est surtout centré aux thèmes techniques, avec peu ou pas d’actions visant le renforcement organisationnel et le leadership.

☯ Le faible degré d’engament des membres de l’Eglise Catholique à tous les niveaux dans la lutte contre les injustices
D’une manière générale, les ouvriers apostoliques sont moins sensibles à la commission justice et paix et ne militent pas suffisamment en sa faveur. Mais en général, les membres de l’Eglise ont peur de s’engager dans la lutte conte les injustices.
L’Eglise ne fait pas suffisamment de recherches et d’enquêtes sur les enjeux prioritaires de la justice et paix et ne développe pas des actions pour lutter contre les injustices et les violations des droits de la personne humaine.
Ces différents facteurs décrits ci-dessus limitent l’impact de la contribution de l’Eglise, même si des efforts remarquables sont faits ; ce qui fait que le respect de la dignité humaine selon les valeurs de l’évangile connaît des failles.

2.8. SECTEUR DE LA JUSTICE ET LA PAIX

2.8.1. Fondement suivant la doctrine sociale de l’Eglise
Le fondement théologique du service de l’Eglise en faveur de la paix et de la justice se trouve dans la mission même que l’Eglise a reçue de son fondateur.
Mère et éducatrice, l’Eglise ne se ferme pas ni se retire en elle-même, mais elle est toujours exposée, tendue et tournée vers l’homme, dont la destinée de salut est sa raison d’être. Elle est, au milieu des hommes, l’image vivante du Bon Pasteur, qui va chercher et trouver l’homme là où il est, dans la condition existentielle et historique de son vécu. Là, l’Eglise se fait pour lui rencontre avec l’Evangile, message de libération et de réconciliation, de justice et de paix (Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise 2004; n.86).
Tout ce qui concerne la communauté des hommes – situations et problèmes relatifs à la justice, la libération, au développement, aux relations entre les peuples, à la paix – n’est pas étranger à l’évangélisation, et celle-ci ne serait pas complète si elle ne tenait pas compte de l’appel réciproque que se lancent continuellement l’Evangile et la vie concrète, personnelle et sociale, de l’homme. (Op. cit. n.66).
Dans son message du 1er janvier 1998, le Pape Jean Paul II a beaucoup insisté sur ce lien étroit qui existe entre ces deux réalités : « La question de la justice est toujours liée à celle de la paix. Elle est en relation constante et dynamique avec elle… Quand l’une est menacée, toutes deux vacillent ; quand on offense la justice, la paix est elle-même mise en péril (Jean Paul II, Message Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 1998, n.1).
C’est à travers l’enseignement du Magistère de l’Eglise que nous trouvons les points de repère d’une approche théologique de l’engagement de l’Eglise catholique en faveur de la paix et de la justice. Elle occupe, comme on peut le constater, une place centrale dans le déploiement de la Doctrine Sociale, laquelle fait partie intégrante du ministère d’évangélisation de l’Eglise.

2.8.2. Vision et Mission
La Vision de l’Eglise Catholique au Rwanda, à travers son Secteur de Justice et Paix, est celle d’«une société où règne la paix, la justice sociale, le respect des droits humains et des principes démocratiques».
Pour contribuer à cette vision, la Mission assignée au Secteur de Justice et Paix est la « promotion d’une pastorale des valeurs de justice, de paix, d’unité, de réconciliation et de défense des droits inaliénables de la personne humaine, à la lumière de l’Evangile».

2.8.3. Objectifs
L’objectif global auquel le secteur de la justice et paix devra contribuer est: «le peuple rwandais jouit de ses libertés fondamentales et l’unité nationale est assurée».
La contribution à cet objectif général sera matérialisée à travers l’objectif spécifique qui est: «Le respect de la dignité humaine et les relations sociales au sein de la population sont améliorés».

2.8.4. Axes stratégiques et résultats attendus
Quatre axes stratégiques sont identifiés et constituent des voies et moyens pour réaliser efficacement les objectifs spécifiques ci-dessus définis. Ces axes sont: