Catholic Peacebuilding Network

Enhancing the study and practice of Catholic peacebuilding

The Testimony of the Community of Sant' Egidio (text in French)

Fr. don Francesco TEDESCHI of Communita’di Sant’Egidio, Rome, delivers his thoughts on the work of the Church for peace in the Great Lakes region and the way the Universal Church can contribute to the construction of peace in Central Africa.

Le témoignage de la Communauté de Sant’Egidio

A propos de la Contribution de l’Eglise hors de le Région, pour la Construction de la paix dans les pays des Grands Lacs

Donnant ma contribution à cette table ronde, je voulais d’abord remercier l’université de Notre Dame, la CPN et tous les organisateurs de ce congrès qui se déroule ici à Bujumbura. Je Crois de pouvoir affirmer que ces jours-ci ont été fructueux et importants : une réflexion qui s’est faite dans le temps et le lieu pertinent.

Je crois en effet que réfléchir sur le rôle des Eglises et des chrétiens et leur contribution à la cause de la paix deviennent de plus en plus important dans notre époque et dans cette région (voire dans toute l’Afrique).

Nous vivons dans un temps où le monde est en train de s’habituer à vivre avec la guerre et je crois que le cas du Burundi et de la région des Grands Lacs pourrait être un exemple pour beaucoup d’autres régions du monde (par exemple le moyen orient).

La paix « revient » aux chrétiens. Et je crois que nous devrons de plus en plus, témoigner avec notre vie que être chrétiens veut dire être toujours, dans n’importe quelle situation, un homme de pais , pour la paix. Je pense au témoignage de Mgr Courtney, l’attitude d’un homme qui, en arrivant ici, n’accepté pas la situation de souffrance provoquée par la guerre qui a trouvé dans le pays mais qui avec une patience et une passion toute chrétienne a cherché de donner sa contribution pour ramener la paix au Burundi.

Je disais que la paix est l’ « affaire » des chrétiens c’est dire, en tant que chrétien personne ne peut dire « ce n’est pas mon affaire ». Là où la paix est menacée et la vie des hommes est en danger, il y a toujours une mission à accomplir pour les chrétiens et pour les disciples de cet évangile qui nous demande de trouver un accord et appelle bienheureux les artisans de paix.

Même quand il y a une guerre dans un pays lointains personne ne peut se dire à l’abri, cela a été toujours vrai dans l’histoire, mais en particulier dans notre jours, dans l’ère de la globalisation de la violence et de la guerre qui transmet comme un virus, à travers l’intoxication de la haine qui touche les cœurs et les esprits.

La Communauté de Sant’Egidio s’est engagée depuis les années ’80 dans un travail pour la paix surtout en Afrique. Nous croyons que comme communauté chrétienne nous avons une vocation de qui est inscrite dans la Bible à être artisans de la paix, d’une manière très concrète et active, et que cette vocation appartienne à notre charisme de communauté chrétienne ai sein de l’ Eglise Catholique. Récemment le Pape Benoît XVI a voulu remercier la Communauté pour son travail pour la Paix en Afrique.

Il y a un lien entre la guerre, pauvreté, sous- développement, manque de démocratie, et cela nous n’aurions pas des difficultés à le démontrer et comme a dit un jour Andrea Ricardi, fondateur de la communauté : « la guerre est la mère de toutes les pauvretés ». Le travail pour le Burundi a commencé depuis la crise de 1993. Il y a eu là notre originalité de travailler pour la paix faire une chose que tout le monde désire mais qui pas tous peuvent faire. Faire rencontrer une partie avec l’autre. Le rôle de la Communauté a été celui d’offrir un espace de liberté pour s’entendre et notre expérience, nourrie de sagesse évangélique, pour apprendre une grammaire de la paix.

En effet durant et après un conflit les hommes cessent de se porter et la paix devienne un langage méconnu. Avec les conseils de l’Eglise locale, en collaboration, mais avec notre charisme, notre indépendance, nous avons rendu possible ce que tout le monde rêvait, mais que tous croyaient impossible. Ce n’était qu’un début qui a amené le processus de paix à s’élargir et à se renforcer selon une méthode qui à commencé à Rome et qui devienne un patrimoine politique et humaine de l’histoire burundaise : c’est mieux un accord qu’une victoire qui humilie et prépare toujours une autre guerre.

Je voulais souligner cet aspect d’interpréter les rêves de paix. Car aujourd’hui beaucoup rêvent cela mais il n’ y a peu c’est-à-dire imaginer, rendre visible, et enfin réaliser ces rêves, et les rêves qui ne se réalisent jamais risquent de rester des illusions. Dans la Bible il y a la figure de joseph qui est capable d’interpréter les rêves et que la fin arrive à réaliser le rêve le plus beau et impossible celui de la réconciliation avec ses frères. Il n y a aucune réconciliation impossible et ça revient aux chrétiens de démontrer que toujours la paix est possible.

L’histoire de la région des Grands Lacs est comme un paradigme du drame des guerres africaines de la fin du dernier siècle, marquée par la dissolution des institutions politiques l’affirmation des identités ethniques et nationalistes. Nous avons assisté au développement d’une mythologie raciste qui alimente la haine, qui tienne la comptabilité des blessures, des torts et des raisons pour justifier n’importe quel type de violence. Nous connaissons le rôle des médias, de la presse dans ce développement. Mais là se trouve une grande mission pour l’Eglise de la région, réaffirmer l’idée profonde du mot « catholique », cest-à-dire : universel, qui appartient à l’Eglise et à travers elle à toute l’humanité.

Dans un ancien texte chretien, la « Lettre à Diognète », nous lisons : « les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas des villes qui leur soient propres, ils ne se servent de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils résident chacun dans sa propre dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tout leur devoir de citoyens et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. »

Je sens personnellement ces paroles très proches de mon expérience de vie avec la Communauté de Sant’Egidio et en particulier je pense à elle comme à une vision pour l’Eglise d’aujourd’hui dans cette région. Comme la Communauté de Sant’Egidio je ne me sens pas étranger ici, je sens ce pays comme le mien depuis qu’il y a ici beaucoup de frères et de sœurs que, lorsqu’ils arrivent chez moi à Rome, ils ne sont pas du tout des étrangers, car comme chrétiens nous vivons dans une « république spirituelle » qui ne connaît pas de frontières. Et combien il nous fait souffrir l’attitude des pays occidentaux de se renfermer sur eux-mêmes, plus les frontières et les murs se haussent plus l’idéal du monde chrétien s’éloigne.

Chaque année nous organisons dans cette région des congrès pour les jeunes de toute ethnie et tout pays, l’année passée à Butare, au Rwanda, nous avons rassemblé plus de 1000 jeunes étudiants du Rwanda, du Congo et du Burundi. Chaque année c’est l’espace de la rencontre et de la reconnaissance mutuelle qui est très important pour dépasser les préjugés et bâtir une amitié au-delà des frontières. C’est une contribution de la communauté de Sant’Egidio, en collaboration avec l’Eglise locale, pour la reconstruction de la paix dans la région.

En effet nous sommes présents comme communauté de Sant’Egidio au Rwanda depuis le 1997, et au Burundi depuis le 1998 et à partir du 1999 aussi au Congo (à Bukavu, Goma, Uvira, Butembo). Nous croyons que le modèle de vie que nous proposons aux jeunes c’est un véritable laboratoire pour la paix et l’avenir de la région. Les fondements sont simples et à la portée de tout le monde : la prière, l’amitié, et le service vers les pauvres. C’est modèle de vie qui affirme tout d’abord un fait aussi simple mais pas naturel : que notre identité chrétienne est beaucoup plus importante que le fait d’être Hutu, Tutsi, Rwandais , Burundais, Congolais.

Nous avons 9 communautés au Rwanda, 4 au Burundi et 4 au Congo (Kivu), et nous rassemblons un millier des jeunes dans toute la région. Nos communautés sont en train de faire un grand travail pour les enfants : orphelins, enfants de la rue…pourquoi les enfants ? Nous pensons qu’ils sont l’avenir pour cette région et que investir sur les enfants et sur leurs droits (éducation, inscription ana graphique, respect des droits fondamentaux, c’est un grand travail pour la paix (ce n’est pas au hasard que nous avons nommé notre service pour les enfants « école de la paix »).

Les pauvres et d’une manière très particulière les enfants, nous disent très clairement que l’histoire de l’ethnie et du nationalisme n’ a en réalité aucun fondement : l’expérience nous dit que le pauvre ne sait pas qu’est- ce que c’est l’ethnie et pour nous le fait de donner une partie de notre temps et de notre vie pour eux c’est le premier pas pour dépasser la frontière. Pour citer quelques exemples je voudrais vous raconter d’une jeune fille de la communauté qui rendant visite aux enfants qui vivent avec leurs mères dans la prison de Kigali, il a rencontré les assassins qui, pendant le génocide de 1994 ont tué une partie de sa famille. Lors de cette rencontre bouleversante elle a mûrie une conviction profonde qui se rattache à une chose qui un jour Elie Wiesel a dit : les fils des assassins ne sont pas des assassins, ils ne sont que des enfants. Ce sont des découvertes, des perspectives nouvelles qui s’ouvrent sur l’avenir, l’idée que la haine, le vengeance, le conflit n’est jamais un destin, mais on peut toujours décider de changer de route et de s’acheminer vers la réconciliation.

Depuis un an nous avons ouvert à Butare une maison pour accueillir 12 enfants de la rue « mayobo ». ils venaient tous de l’expérience terrible de la guerre au Congo. Normalement, ils étaient considérés comme des enfants violents, difficiles, voire irrécupérables à une vie civile, mais en voyant la transformation de leur vie avec nous, dans un climat de famille et de convivialité, une autre vérité s’est ouverte devant nous ils n’existent pas des enfants méchants, mais il n’y a que des enfants qui n’ont jamais de l’amour.
Parfois cela est vrai aussi pour les adultes et je crois que notre mission de Chrétiens serait justement d’apporter l’amour, là où il y a haine et division.

don Francesco TEDESCHI
Communita’di Sant’Egidio