Catholic Peacebuilding Network

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CONFERENCE DE L’EPISCOPAT CATHOLIQUE DE LA REGION DES GRANDS LACS, POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION

“Dieu nous a donne le ministère de la réconciliation” (II Cor 5, 18)

DECLARATION FINALE

1. Nous, Archevêques et Evêques, Prêtres, Personnes consacrées et Laïcs, délégués des Conférences Episcopales Catholiques nationales du Burundi, du Kenya, de l’Ouganda, de la RDC, du Rwanda et de la Tanzanie, ainsi que des deux Conférences Episcopales régionales, ACEAC et AMECEA, nous sommes réunis du 19 au 21 Octobre 2010, au King’s Conference Centre de Bujumbura. L’objet de la réunion était une conférence portant sur la recherché des voies et moyens de travailler ensemble pour mieux contribuer comme Eglise à l’édification de la paix et à la promotion de la réconciliation dans notre Région des Grands Lacs. Le thème de la conférence était: Conférence de l’Episcopat Catholique de la Région des Grands Lacs pour la paix et la réconciliation. “Dieu nous a donne le ministère de la réconciliation” (II Cor 5, 18).

2. Selon notre vœu, la conférence s’est déroulée sous le signe de la communion avec le Saint-Siège et l’Eglise universelle, grâce à la présence du Nonce Apostolique au Burundi, S.E. Mgr Franco COPPOLA et à celle de trois délégués respectivement du Conseil Pontifical Justice & Paix, de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples et de CARITAS INTERNATIONALIS. En outre, elle a été marquée par la présence de délégués d’organisations partenaires, à savoir USCCB, CPN et CRS des Etats-Unis d’Amérique, AGEH, MISSIO et MISEREOR d’Allemagne et CORDAID des Pays-Bas. Elle a bénéficié aussi, du début à la fin, de l’appui logistique du Secrétariat Exécutif de la Conférence Internationale sur la Région des Grands que nous remercions vivement.

3. Après l’ouverture officielle faite par Son Excellence Pierre NKURUNZIZA, Président de la République du Burundi auquel nous réitérons notre hommage et notre gratitude, le délégué du Conseil Pontifical Justice & Paix, Mgr Bernard MUYEMBE MUNONO, nous a rappelé la vision et la stratégie de l’Eglise dans son engagement au service de la paix et de la réconciliation. L’Ambassadrice Liberata MULAMULA, Secrétaire Exécutive de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs qui, elle aussi, nous a honoré de sa présence, nous a ensuite éloquemment parlé de la contribution qu’elle attend de l’Eglise pour la paix et la réconciliation dans la Région. Interpelés par son analyse et à la lumière de l’apport du délégué du Conseil Pontifical Justice & Paix, nous nous sommes attelés à mieux comprendre, de la même manière, la problématique de la paix et de la réconciliation dans notre région. Et nous inspirant d’une triple réflexion sur la théologie, l’éthique politique de la réconciliation et son rapport avec les mécanismes de la justice transitionnelle, nous avons tenté de discerner les défis majeurs à relever pour gagner le pari d’une vie pacifique et réconciliée dans notre région.

4. Cela nous a permis de dégager 4 défis majeurs, à savoir la mauvaise gouvernance, les conflits ethniques et tribaux, les traumatismes profonds de beaucoup de personnes et le pillage ou l’exploitation incontrôlée des ressources naturelles ayant pour corollaire la destruction de l’environnement. Et nous avons constaté, du même coup, que ces défis s’accompagnent de trois autres à caractère transversal: l’exploitation insuffisante ou le manque de conscience du potentiel spécifique de l’Eglise pour l’édification de la paix et la promotion de la réconciliation, le manque d’information pertinente sur les causes de nos maux et le manque de coordination de notre action pour la paix et la réconciliation.

5. Ceci fait, nous avons procédé à la formulation des directives pour l’élaboration d’un plan stratégique commun, susceptible d’aider nos Conférences Episcopales respectives à travailler en synergie pour mieux relever ces défis. Ensuite, après avoir convenu de renforcer le Comité de pilotage de la présente conférence en lui ajoutant 3 personnes compétentes, nous lui avons donné le mandat d’élaborer ce plan et de le soumettre à qui de droit pour approbation. De même l’avons-nous chargé d’intégrer toutes les indications recueillies au cours de nos débats, pour proposer toujours à qui de droit les modalités de fonctionnement d’une structure la plus légère possible qui assurera le suivi et coordonnera la mise en application de ce plan.

6. Bien au-delà de nos attentes, les travaux de cette conférence ont renforcé en nous la conviction que la paix et la réconciliation sont un double don de Dieu et une mission qu’Il confie à son Eglise. En outre, ils nous ont permis de mesurer les pas déjà franchis dans l’accomplissement de cette mission. Et, ce faisant, nous avons pris conscience du besoin urgent d’élaborer une stratégie globale plus dynamique, pour répondre d’une façon adéquate et durable aux défis de la paix, de la justice et de la réconciliation. De même avons-nous pu nous rendre compte de l’exigence d’étendre la solidarité ecclésiale au Soudan qui se prépare à un referendum sur l’indépendance du sud et à la République Centrafricaine vers laquelle la rébellion LRA (Lord Resistance Army) a exporté ses ravages à partir de l’Ouganda.

7. A l’issue de ces travaux, nous nous sentons plus que jamais déterminés à passer de la parole aux actes et, à cet effet, nous proposons aux Conférences Episcopales qui nous ont délégués, de:

a. Se doter d’un plan stratégique commun endéans six mois après que le Comité de pilotage élargi de cette conférence leur en aura soumis le projet;
b. Créer un mécanisme régional de coordination pour la paix et la réconciliation sur base de la proposition que leur fera ce Comite de pilotage;
c. Prendre à cœur la mobilisation des ressources nécessaires au fonctionnement de ce mécanisme;
d. Promouvoir une synergie entre les institutions de l’Eglise Catholique de la région, à travers une collaboration étroite entre les universités, les centres de recherché, les Commissions Justice & Paix, les différent niveaux d’organisation de Caritas, les services de communication sociale, etc.;
e. S’engager à une collaboration constructive sur les plans œcuménique et interreligieux;
f. S’assurer de la mise en œuvre du plan de suivi de cette conférence par le Comité de pilotage, jusqu’à l’instauration du mécanisme de coordination proposé.

8. Heureux d’avoir pu travailler avec enthousiasme dans un climat de fraternité sincère et de convivialité édifiante, nous remercions tous ceux qui de près ou de loin et de diverses manières ont contribue à cela. Puisse Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ et notre Père à nous tous, par l’intercession de Marie, Reine de la paix, nous bénir avec tous les partenaires de nos Eglises, et faire de nous de bons artisans de paix et des ministres zélés de la réconciliation.

Fait à Bujumbura, le 21 Octobre 2010

Au nom de tous les participants à la conférence,

Simon NTAMWANA Emmanuel OBBO
Archevêque de Gitega Evêque de Soroti
Président de l’ACEAC Vice-président de l’AMECEA